Portrait multicolore, © Théoule, 2017
Bashung. Son Élégance, Son Imprudence, Son Incandescence.
C’est dans sa chanson intitulée Élégance qu’il nous parle de ces décoltés en V, qu’il observe du bout de sa planche, à la fin de l’été. Même quand il nous parle d’éros, il le poétise, il a l’élégance de ne pas le vulgariser. Le thème de la nuit, récurrent, ardant, apporte avec lui cette touche de non-dit. La Nuit, dans ces écrits, semble être un paysage ouvert à l’interprétation, son paysage de prédilection.
Dans La nuit je mens, il prend le train, sa voix nous étreint, et il s’en lave les mains...
Dans Osez Joséphine, rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie !
Il amplifie nos sens et nous fait voyager avec lui.
Dans Sur un trapèze, on le voit prendre un train, avec une jeune complice, à qui il illustre certaines choses la vie… On est invités, nous aussi, spectateurs admirateurs, à lire sur ses lèvres, et on en veut encore !
Bashung en rouge vif, © Iza, versions-originales.org
La musique de Bashung, c’est une musique pour les rêveurs,
les voyageurs, ceux qui aspirent à des aventures tangibles et intérieures.
« Rêve d’archipel, de vagues perpétuelles, sismiques et sensuelles » s’adresse à une certaine Madame Rêve. Bien que le rêve soit masculin, il l’associe à la femme. Les femmes l’inspirent, elles sont le motif de ses délires...
Bashung affirmait que ses textes sont des puzzles. Il avait probablement trop de pudeur et d’élégance pour dire que ce qu’il chante est poétique. Les jeux de mots et de maux qui parcourent ses singles ne nous laissent pas indemnes. Pour ma part, c’est son album l’Imprudence qui m’a frappé avec véhémence. Dans Mes bras, il raconte l’histoire d’un ébat et des remords qui l’habitent, ici-bas. De sa nostalgie gît un non-dit, un amour que seul ses bras connaissent. Dans Est-ce Aimer, il joue avec cette question qui devient une affirmation, peut-être même une exclamation : et s’aimer ! Le thème de l’Amour est globalement amer dans son univers. Dans ce dernier, les airs de ses chansons se complètent et se reflètent, comme de subtils puzzles poétiques.
En écoutant Bashung, on embarque dans un voyage coloré des pensées. Les textes qu’il chante hantent, et je ne crois pas qu’ils nous mentent… Au contraire, il sait jouer avec l’idée du mensonge pour évoquer certaines vérités floutées. De son monde intérieur émane du mystère, c’est ce qui lui donne, à mes yeux, un souffle éternel. Dans Immortels, il poétise la Mort, en jouant avec elle, et en la rendant, à sa façon, immortelle.

Bashung est un chanteur du paradoxe, peut être même de l’équinoxe. Il me fait penser aux propos de Mark Twain, qui suggérait que chaque personne est comme une lune, avec une face cachée que personne ne voit. Bashung, c’est ce chanteur en clair-obscur qui savait interpréter des textes avec ce quelque chose d’exceptionnel, faisant battre les ailes des Ils et des Elles.
Dessin de profil d’Alain Bashung, © Addict Culture
« Le roi des scélérats à qui sourit la vie » porte une douceur téméraire dans sa voix et dans son âme qui plane, diaphane, en apesanteur perpétuelle.