Au musée Marmottan Monet jusqu'au 03/01/21
Nous pénétrons dans une pièce aux tons rosés, à l’obscurité palpable et à l’agencement ampoulé. On se croirait dans une ancienne demeure tenue par une veuve au chic dépassé. Nous sommes loin d’une ambiance aérée, lumineuse, respirant la Méditerranée. On voulait rêver l’Italie, sentir l’odeur des pins, entendre la mer au loin, mais on préfère nous étouffer dans une tapisserie saumon. Pourtant les tableaux qui s’offrent à nos yeux sont des chefs-d’œuvres italiens côtoyants notre Cézanne !
Il ne fallait d’ailleurs pas se méprendre sur le titre de l’exposition : elle n’est pas uniquement consacrée à Cézanne mais bien aussi aux peintres qui l’ont inspiré, pour pouvoir faire des parallèles entre ses tableaux et ceux de Salvator Rosa, Poussin ou encore Le Greco. On peut donc facilement se retrouver un peu déçu de voir si peu d’œuvres de notre peintre ; vous ne pourrez admirer qu’une seule Sainte Victoire sur les quatre-vingt qu’il a peinte, par exemple.
L’exposition est par ailleurs très courte ; elle est uniquement composée de six temps qui peuvent se suivre en trente bonnes minutes. Bien sûr, le reste du musée vaut le détour et il ne faut pas manquer les chefs-d’œuvres de Berthe Morisot et de Monet, mais nous sommes venus voir Cézanne et nous voulons du Cézanne, beaucoup de Cézanne.
Alors que nous déambulons, nous sommes frappés par les similarités qui existent entre tous les tableaux. Il semblerait que l’espace méditerranéen ait été une source d’inspiration commune aux peintres, transcendant les frontières. Pour la critique Margherita Sarfatti ; « avec Paul Cézanne débute l’ère de la mission classique, celle des grandes reconstructions synthétiques », elle ajoute : « ce n’est pas un hasard si ce français est d’origine italienne. ». La Provence se rattache à la péninsule, tout semble évoquer une culture commune, une terre partagée, alors même que Cézanne, lui-même, ne s’est jamais rendu en Italie. Nourri d’un héritage pictural mais aussi littéraire avec Virgile, Lucrèce et Ovide, l’Italie de Cézanne, c’est une gamme chromatique, une atmosphère, une création quasi mystique.​​​​​​​
La partie la plus marquante, la plus sublime, qui nous fait basculer dans un imaginaire provençal, de vacances estivales, est donc celle des paysages, celle des œuvres qui ont fait la renommée du peintre. Nous y retrouvons donc Cézanne dans toute sa beauté, dans toute sa simplicité. Face à La route tournante en haut du chemin des Lauves, au Château-Noir, au Cabanon ou encore à Paysage en Provence, le vert des arbres, le jaune des masures et le bleu du ciel nous submergent. Rien n’est plus propice au rêve d’Italie. On entend déjà les grillons, au loin, coincés dans les toiles.
Nous quittons à regret cette parenthèse d’été alors que la pluie résonne encore au-dehors. Nous passons à côté de portraits au regard hypnotiques, pour enfin atteindre la dernière partie, celle d’un arbre et de natures mortes. On s’attendait à un clou du spectacle, à une dernière œuvre époustouflante. Il n’en sera rien. J’aurais su, je serai restée plus longtemps face à la montagne Sainte-Victoire.
Finalement, si l’exposition a su se doter de très belles pièces, elle termine sur une note un peu fade, loin de la splendeur méditerranéenne qu’elle nous vendait tant. Elle nous offre une parenthèse agréable dans l’univers de Cézanne, parenthèse trop courte, qui aurait mérité de se voir parer de quelques tableaux supplémentaires. Une prochaine fois, peut-être ?
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