À l’heure de la réouverture des salles, Garçon chiffon est un de ces films qui vous font du bien et qui vous rappellent à quel point le cinéma français est riche de création.
Cette critique sera plus courte que les autres et beaucoup moins détaillée afin de ne pas trop vous en dévoiler sur le film.

Premier long-métrage en tant que réalisateur, Nicolas Maury (notamment vu dans la série Dix pour cent) signe une œuvre extrêmement prometteuse pour la suite de sa carrière.
Garçon chiffon est un film qui vous transporte, vous fait voyager grâce une poésie radieuse à mi-chemin entre Éric Rohmer et Woody Allen. Tragicomédie en partie autobiographique, la structure du film parvient aisément à passer des larmes aux rires et des rires aux larmes sans que cela ne semble forcé outre mesure. On s’attache et l’on s’identifie inexorablement au personnage principal, Jérémie, pathétique au sens romantique du terme, dans sa recherche d’identité artistique et personnelle. Recherche d’identité qui le fera retourner chez sa mère dans son limousin natal afin de se recentrer sur lui-même.
Labélisé Cannes 2020, l’œuvre pourrait sembler être, au premier abord, une performance d’acting. Après tout, nous sommes en face de la création d’un réalisateur qui a commencé sa carrière dans le cinéma en tant qu’acteur. Il apparait en effet que l’ensemble du casting joue de manière naturelle et surtout, semble croire au projet sur lequel il travaille. Arnaud Valois (120 battements par minute) campe un copain/ex tiraillé dans sa relation avec Jérémie, Théo Christine (À la folie) affirme son talent dans un rôle de jeune faussement solitaire et faussement bien dans sa peau. Quant à Nathalie Baye (La nuit américaine, Une liaison pornographique, Sauve qui peut (la vie)) son implication force la sympathie au point de nous donner envie d’enlacer cette mère poule avec tendresse. Mais réduire Garçon chiffon à une simple performance semble injuste. Nicolas Maury pose les fondations d’une réalisation personnelle et appuyée pour un premier film, basé sur des gros plans en longue focale et sur un sur-cadrage qui nous plonge dans la psychologie latente et instable du personnage principal. Un style déjà bien affirmé et qui nous donne envie d’en voir plus dans les années à venir.
Nous disions plus haut que Garçon chiffon est un film empreint de poésie. Que ce soit dans sa réalisation, son jeu d’acteur ou son scénario, il n’est pas de mot plus seyant que celui-ci pour définir cette œuvre. Les relations entre les personnages nous emmènent dans ce monde mélancolique et laconique, bien aidé par une musique originale d’Olivier Marguerit qui accompagne à merveille cette création aux accents de Nouvelle vague.

Il serait cependant malhonnête d’affirmer que Garçon chiffon est un film parfait. Souffrant du syndrome des premiers films, Nicolas Maury aborde énormément de thèmes allant du principal, la recherche d’identité, en passant par la relation mère/fils, jusqu’à l’absence de la figure paternelle. Si le premier thème est traité de manière assez exemplaire, les autres sont survolés et pourront frustrer plus d’un spectateur. Ceci étant dit, il est clair que Nicolas Maury ne sera pas à court de sujets pour ses prochaines œuvres. Ils seront, à n’en point douter au cœur des futures œuvres du metteur en scène.
La réalisation manque aussi parfois un peu de dosage à vouloir trop en faire dans les intentions et le découpage. La musique, quant à elle, est parfois trop présente et allège la portée émotionnelle de certaines séquences dans le mauvais sens.
Ceci dit, tous ces défauts sont encore une fois très fréquents pour une première œuvre et n’affectent en rien la qualité globale du film, très largement au-dessus de la moyenne des premiers longs-métrages de cinéma.
