The Ocean, se définit comme un collectif de musiciens plutôt qu'un véritable groupe. Si l'entité musicale a vu défiler plus d'une vingtaine de têtes depuis sa création en 2001, elle reste canalisée autour du guitariste Robin Staps, ce qui lui a permi de garder son identité musicale au fil des album. The Ocean s'est fait une spécialité des albums de métal progressif concepts, autour de notre planète et de la place de l'Homme. Les plus impressionnants étant sans doute la trilogie formée par "Precambrian" (2007), "Phanerozoic I : Palaeozoic" (2012) et "Phanerozoic II : Mesozoic | Cenozoic" (2020). Ces noms difficiles à prononcer correspondent aux grandes périodes (les Éons) de l'histoire de la Terre depuis sa formation jusqu'à notre ère.
En 2010, The Ocean sortait deux albums sur la place de l'homme sur Terre et dans l'univers. "Anthropocentric" et celui qui nous intéresse aujourd'hui : "Heliocentric". Ce nom fait référence à la théorie scientifique décrivant le soleil comme centre du système solaire au détriment du modèle Géocentrique vanté par la religion, plaçant l'Homme au centre de l'univers. Morceau par morceau, l'album propose de retracer en 50 minutes l'évolution de la pensée scientifique et métaphysique.
Avec SHAMAYIN, The Ocean ouvre l'album en douceur. C'est le calme avant la tempête. Dans la mythologie Hébraïque, ce mot signifie l'équivalent du Paradis Chrétien. Le lieu métaphysique qui existait avant la terre. De longues plages de synthé en gamme basse imprègnent la piste et nous préparent à la création.

FIRMAMENT fait directement référence à la création du monde par Dieu selon la bible. Le morceau paraphrase les versets de la Genèse 1:6-20, on y entend même le fameux "que la lumière soit". Les paroles sont déclamées comme si l'on s'adressait à nous, et lance leur première attaque en finissant le couplet par : "c'est ce que certaines personnes croient".

Avec THE FIRST COMMANDEMENT OF THE LUMINARIES, le groupe fait preuve de subtilité, puisque ce morceau tire ses paroles du traité d'Astrologie du Livre d’Hénoch, un écrit considéré apocryphe par la plupart des églises, dans lequel est décrit le mouvement des astres Solaire et Lunaire. Encore une fois, il s'agit d'une vision Géocentrique, mais en évoquant ce traité The Ocean semble nous rappeler que les premières observations n'était justement rien de plus que cela. Des observations faites durant l'antiquité plusieurs siècles avant notre ère avec les moyens scientifiques de l'époque.

PTOLEMY WAS WRONG a un titre relativement explicite. Ptolémée était un astronome gréco-romain et l'on se rappelle de lui, car il fut l'un des savants les plus populaire à avoir théorisé le modèle Géocentrique, en décrivant le mouvement des planètes et du Soleil comme tournant autour de la Terre.
Le morceau est écrit à la première personne. Il s'agit du point de vue de Galilée remettant en cause le modèle de Ptolémée suite à l'observation des phases de Venus. Selon Galilée, puisque les Phases de Venus se comportent comme celle de la Lune, alors il faudrait que Venus tourne autour du Soleil de la même manière que la Lune, un agencement planétaire impossible avec le modèle Géocentrique.
METAPHYSICS OF THE HANGMAN pousse la violence encore plus loin. Le titre du morceau vient directement d'une citation de Friedrich Nietzsche, virulent critique de la religion : "Le christianisme est une métaphysique du bourreau". Cette chanson dresse un parallèle entre les dogmes chrétiens immuables et le lavage de cerveau de Winston Smith dans 1984. Le gouvernement autoritaire imaginé par George Orwell tente de faire croire au personnage que 2 + 2 = 5, mais le morceau insiste sur l'impossibilité de croire un tel mensonge et assimile cela au rejet des faits scientifiques sous prétexte qu'ils ne sont pas corroborés par les Saintes Écritures.
CATHARSIS OF A HERETIC invoque Giordano Bruno, une autre figure populaire de la pensée Héliocentrique. Condamné au bûcher par l’Église pour Hérésie, il est aujourd'hui considéré par certains comme un martyr de la liberté de penser. Dans ce morceau, les musiciens imaginent ses dernières heures avant son exécution. Il parle comme martyr et comme prophète, en annonçant ce qui arrivera très vite : le déferlement de la pensée scientifique.

SWALLOWED BY THE EARTH décrit avec un certains "calme" des scènes de fin du monde en filant la métaphore du déluge prophétisé par Giordano Bruno dans le morceau précédent. Ce déluge qui avale les hommes et qui les ramène à la terre, c'est la révolution scientifique qui marque la Renaissance.

Retour en douceur avec EPIPHANY. Encore un titre explicite qui évoque la fête religieuse du 6 janvier, célébrant l'incarnation du Messie sur Terre. Cependant, le morceau n'est pas adressé à la gloire du Seigneur, il dresse un parallèle entre la sainte trinité et ce qui pourrait être une nouvelle trinité, le Soleil, la Lune et les Étoiles. Désormais la nouvelle religion, c'est la science.

THE ORIGIN OF SPECIES est un nouveau coup assené contre le créationnisme. Reprenant le nom de l'ouvrage de Charles Darwin, il sera ici question de la théorie de l’Évolution. Nous ne sommes pas l’œuvre d'un Démiurge tout-puissant, mais celui d'un hasard guidé par une nécessité de survie. La complexité de nos organismes n'est que le résultat d'une évolution millénaire si lente que nos yeux ancrés sur le présent ne parviennent ni à observer, ni à concevoir l'immensité du chemin parcouru.

THE ORIGIN OF GOD conclut l'album sur une question qui reste en suspens. The Ocean n'a pas remis en question l'existence de Dieu, mais bien l'immuabilité des dogmes religieux contredit par la science. Mais une question demeure. Si Dieu existe et qu'il a créé une telle complexité, il doit être infiniment plus complexe que sa création. The Ocean martèle alors trois questions qui resteront à jamais sans réponse. Qui a créé Dieu ? D'où vient-il ? De quoi est-il fait ?
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