Jean Dawson de son vrai nom David Dwan Sanders, est un artiste chanteur/rappeur américain californien de 25 ans ayant débarqué sur la scène musicale sous différents pseudonymes au cours de la décennie précédente. Il décide d’entreprendre l’aventure qu’on lui connaît désormais au travers d’un premier album en 2019 suivit de son « sophomore » : Pixel Bath, en 2020 dont il sera question ici.

Je vous parle de tout ça, mais seulement à titre informatif puisque je l’ai personnellement découvert lui et son univers au travers de l’album qui nous intéresse présentement : 13 musiques indé Rock-Pop, tantôt rappées, tantôt chantées avec une pointe emo, une ballade embrasée, personnelle et actuelle qui va tenter de nous amener à nous questionner. 
Je retrouve plusieurs axes à disséquer : les conditions de la jeunesse de notre époque, le « climat » ambiant pour la communauté afro-américaine et surtout la volonté rebelle de ne pas se conformer ou adhérer aux cases qui leurrent l’intégrité de chaque nouvel artiste, bref un vent d’air frais dans un paysage particulièrement aride.
Triple Double : “I'm all gold, no glitter on me
I'm all soul, Black Bowie with a little kobe »
Plein d’énergie à revendiquer ses influences, Jean Dawson propose avec Pixel Bath une palette musicale abordant les inspirations qu’il cite lui-même (Björk, Bowie, Death Grips, Chief Keef etc.) et celles que reconnaîtront les auditeurs les plus attentifs à la musique moderne, qu'on peut ressentir dans son processus créatif. On retrouve donc une production rappelant les balades au synthé de Mac Demarco sur Shiner ou encore l’esthétique de Frank Ocean sur Pyrotechnics ou Starface*. Une ambition indé assumée en somme, avec ses hauts comme ses bas, mais qui montre toutefois la touche personnelle de l’artiste. 
M. Dawson voit sa musique comme allant au-delà d’un simple patchwork emprunté, il vise l’assimilation de ces styles afin de proposer quelque chose de nouveau, ce qu’il nous transmet sur Pegasus : “Off the block, make the thugs love Simple Plan”. 
Simple Plan étant un groupe de rock canadien, il montre sa volonté de faire converger genres et cultures et ainsi contraster la « case rap » à laquelle sont condamnés nombre de jeunes afro-américains partageant sa situation.

Sur le plan thématique, on retrouve dans cette excursion une direction « teen-emo » à l’écriture du jeune californien, touchant à tout ce qui gangrène l’esprit de l’adolescent moderne : dépression, mal être, peur de soi, des autres, et du monde qui nous entoure. 
Une anxiété généralisée à laquelle Jean fait allusion à plusieurs reprises au travers de l’album avant d’admettre les conditions de cette fuite perpétuelle sur le chorus chanté de Starface* «  I run from evil, I run from people ». Il s’agit d’ailleurs, à mon avis, d’un moment creux de l’album qui aurait mérité de développer l’idée du refrain dans ses couplets. 
Un sentiment qui fait écho à la première musique de la tracklist, Devilish, et aborde le même thème sans toutefois l’approfondir ou le mettre en relation avec les influences citées précédemment ; des influences qui entreprenaient le travail que Jean tente d’achever, peut-être existe-t-il là une piste à poursuivre pour un troisième album ?

Devilish : « Young man with the bad thought
Doesn't go far, he just sits right here »
Toutefois, Jean Dawson sait se donner la force de garder la tête haute, et propose selon moi ses balades les plus convaincantes et personnelles dans la seconde moitié de l’album. L’enchaînement de « Policia » et « Clear Bones » aborde dans un premier temps ses racines mexicaines au travers d’un refrain rappé en espagnol exprimant sa défiance de la police et de ses déboires. Le tout suivit par Clear Bones, où il cultive l’ambiguïté sur ses propres craintes face à la mort et aux conséquences qu’elle entraîne.
Mention Spéciale pour 06 Burst, une anomalie dans la proposition qu’est Pixel Bath puisque qu’il s’agit d’une digression pop-rap industrielle, avec une tendance expérimentale que j’aurais aimé voir plus explorée par l’artiste. Trop court, un seul couplet, j’en veux plus ! 

Et afin de conclure son album (et cet article), l'artiste californien amène une toute autre ambiance pour son « closer » : Pyrothechnics, une ode au synthé aux abords trap-rap psyché. Jean Dawson veut ici nous noyer (gentiment hein!) avec son propos dans une mare de sons planants, comme une proclamation dans l’infini, avec un mix particulier de voix qui se chevauchent apportant un sentiment de permanence à son discours.

En somme, voilà pour moi une bonne découverte que Jean Dawson, un artiste que je serai curieux de voir évoluer dans une direction encore plus audacieuse même s’il y a clairement de quoi être satisfait avec le travail abattu. Un album coloré de ballades pop-rock inventives, avec des mélanges d’influences inédits, une belle pierre apportée à l’édifice du débat éternel de chaque génération : qu’est-ce qu’être jeune dans le contexte de son époque ?  

Cover de l'album Pixel Bath

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