Au Palais de Tokyo jusqu'au 03/01/21
« Le tissu me permet de camoufler, de cacher, d’habiller le cube blanc du musée et par là de changer les systèmes de valeurs et les cadres de pensée. J’utilise des tissus pour créer des espaces dans lesquels on peut prétendre se trouver ailleurs, tomber pour ainsi dire dans d’autres mondes. (...) Dans un espace où sont suspendus des rideaux, la séparation entre intérieur et extérieur, ou entre différents mondes, devient floue. Et ce flou amène à se demander où l’on est. » Ulla Von Brandenburg​​​​​​​​​​​​​​

L’exposition scénographique Le milieu est bleu d’Ulla Von Brandenburg au Palais de Tokyo explore la notion d’espace, module celui-ci, le modifie, le redéfinit. Car, si les salles des musées s’adaptent aux expositions, celle-ci emplit l’espace et invite le spectateur au cœur même des œuvres, faisant tomber l’estrade du théâtre traditionnel. Ces lieux clos créés de toutes pièces à l’aide de pans d’immenses voiles suspendus, loin d’étouffer le promeneur, ouvrent sur de nouveaux horizons, cachent et dévoilent dans le même temps. Et il est des plus agréables de flâner dans ces univers colorés chatoyants (rouge, bleu, jaune) que l’on parcoure à notre gré : lieux de découverte, où, des objets sont posés ici et là, sans logique apparente : craies aux tailles incroyables, meule de foin incroyable, mannequins de ouate dénudés, instruments de musique d’un autre âge... Tout cela est disposé à même le parquet et crée l’étonnement, interroge le spectateur sur leurs présences et sur sa propre présence au sein de ces espaces. Au fil de nos déambulations, on ne sait plus bien où l’on se trouve : sommes-nous dans un champs après la saison des foins au temps des glaneurs et glaneuses, sommes-nous sur les bancs d’un spectacle de village ? Ou alors sommes-nous immergés dans un ciel bleu, car les drapés permettent en cela de bouleverser nos perceptions, nos perspectives et, chez Ulla Von Brandenburg, de renverser le ciel.
Car, au-delà de la création démiurgique d’ambiances différentes, les mises en scène imaginées par l’artiste permettent d’interroger notre rapport au monde, aux objets et à l’usage que l’on en fait, donnant à l’installation une dimension anthropologique. La flânerie parmi les drapés se finit légèrement -et le récit tramé avec-, comme en suspension, avec les projections de courts films sur des tentures tendues : volettent, fluides et voluptueux, au grès du courant, des tissus ; de la même manière que nous le fûmes durant cette expérience immersive d’une profonde beauté.
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