Tout commence avec un premier plan directement sur le monstre. La série reconstitue une archive télévisée où une présentatrice pose une question à son interlocuteur. Son invité est un certain Charles Sobhraj (interprété ici par Tahar Rahim), un Français accusé de plus d’une dizaine de meurtres en Asie du sud-est dans les années 70. La question est simple et directe : Êtes-vous un homme dangereux ? Dès ces premières secondes, le comédien français dévoile toute l’intense froideur qui va caractériser son interprétation. Son regard et son expression faciale sont aussi glaciaux que la mort elle-même. Mais alors que sait-on de cet homme ? Que s’est-il passé dans la pesanteur thaïlandaise, népalaise, indienne... ? Tous ces pays pourraient avoir accueilli les méfaits du tueur en série.
8 épisodes d’un peu plus de 50 minutes, voilà ce que proposent Richard Warlow et Toby Finaly pour retracer cette fascinante et terrifiante histoire. Tahar Rahim incarne impeccablement le rôle principal de cette mini-série britannique d’abord diffusée sur la BBC avant d’être disponible sur Netflix. C’est un véritable serpent, sournois et insaisissable, que nous découvrons à l’écran. Charles Sobhraj apparaît toujours très bien habillé, dans un pur style 70’s : pantalons taille haute à pattes d’eph, chemise colorée proche du corps, et lunettes style aviateur. Voyageant à travers l’Asie pour un business de pierres précieuses, il fond sur ses proies avec charme et charisme. Ses victimes favorites sont des européens bourgeois dans lesquels il parvient à déceler les failles et faiblesses qu’il peut exploiter. Sa haine pour ces hippies blancs fortunés provient d’un complexe d’infériorité lié à sa catégorie socio-culturelle : il est un métis franco-asiatique né à Saïgon. Ainsi, il tente d’asseoir un sadique pouvoir sur ceux qui sont nés sous de meilleurs auspices que lui.
Ce sont les méthodes de ce criminel pas comme les autres qui font froids dans le dos ici. Charles Sobhraj est un véritable démon qui ne se présente jamais sous sa vraie forme. Il emprunte systématiquement de fausses identités. La première, et principale, est celle d’Alain Gautier, un riche diamantaire qui n’hésite pas à tendre la main dès qu’il en a l’occasion. Évidemment cette dernière est à ne surtout pas saisir, Charles gagne machiavéliquement la confiance de jeunes et crédules touristes. Il s’occupe ensuite de les droguer à leur insu pour les avoir entièrement à sa merci. Chaque fois, cette sadique méthode révulse le spectateur qui voit littéralement la gueule du prédateur se refermer doucement sur sa proie. En résulte des scènes qui glacent le sang et qui interrogent la confiance même que l’on peut accorder à autrui. 
Les interactions et relations sociales sont, en effet, questionnées dans cette série où le personnage principal manipule à chaque instant chaque personne qu’il croise. La nature de son rapport avec sa principale complice est également constamment déstabilisant. C’est dans la région du Cachemire que Marie-Andrée rencontre celui qui deviendra très vite son pire cauchemar, celui dont elle ne peut s’enfuir. Lasse d’une vie monotone, elle nourrit très vite un puissant intérêt et une fascination pour ce charmant inconnu. Au cours d’un premier jeu pervers mené par Charles Sobhraj, Marie-Andrée se présente à un couple de touristes occidentaux sous le nom de Monique, et Charles sous le nom d’Alain. Ce qui s’apparente au premier abord à un amusement prend une tournure inquiétante. Comme à son habitude, le personnage interprété par Tahar Rahim drogue et dépouille ses victimes, sauf que cette fois-ci, Marie-Andrée est complice. Cette dernière est piégée par le serpent, elle s’efface donc sous son alter-ego de Monique, épouse soumise et manipulée par un bourreau aux gants blancs. 
C’est donc bien de voir le serpent resserrer sa froide carcasse sur le cou de toutes ses victimes qui tient en haleine ici. Fort heureusement, un diplomate néerlandais démarre une enquête à la suite de la disparition d’un couple de ressortissants. Herman Knippenberg se lance contre vents et marées sur la piste du serpent. La série diffusée sur Netflix met en scène le tueur en série français comme le diable en personne, usant de son apparence charmante et digne de confiance pour semer la terreur autour de lui. On se prend donc d’affection pour les malheureux qui croisent sa route et tombent dans le diabolique piège du psychopathe. Au contraire, il est aisé de nourrir un fort sentiment de révulsion à la vue du personnage de Tahar Rahim et de ses complices. Une série qui promet donc un fort suspens sous la pesanteur et la chaleur étouffante des paysages tropicaux de l’Asie du sud-est. Un voyage dont personne ne revient indemne.
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