
«On raconte des choses d’aujourd’hui, avec des gens d’aujourd’hui et avec le langage d’aujourd’hui.»
Voilà ce que précisait Jean-Christophe Meurisse lors d’une interview en 2017 pour le Festival lyonnais d’art de la scène Les nuits de Fourvière. Cinq ans après son premier Festival de Cannes à la semaine de la critique pour Apnée, le réalisateur français présente son second long-métrage en sélection officielle lors des séances de minuit. Une séance nocturne où les spectateurs en ont vu de toutes les couleurs, du rouge écarlate venu gicler sur leur costume trois-pièces et leurs robes toutes neuves, au rouge pourpre et chaud, remontant de leur estomac jusqu’à la commissure de leurs lèvres, témoignage d’un corps tordu entre rire et crispation. C’est qu’Oranges Sanguines est un film trash, qui raconte par le prisme du rire un présent immensément triste et violent. Une angoisse sociale et économique vibrant dans un déchainement sanglant et sensuel qui n’est pas sans rappeler le livre d’Anthony Burgess adapté par Stanley Kubrick en 1971 : Orange Mécanique.
Un récit trashy-loufoque qui met en scène un orchestre dissonant d’instruments ébréchés qui se rencontrent et se croisent de biens étranges manières, une chorale de chieurs en tout genre (avocat, ministre, retraité, gynécologue, jury d’un concours de danse ...) très bien interprétés par un certain nombre des membres du collectif des Chiens de Navarre, fondé par J-C Meurisse il y a plus d’une dizaine d’années, ainsi qu’un certain nombre de nouvelles têtes plus ou moins connues du public. Ce film est un Jazz-Band de branques et de fêlés qui transpirent, baisent, dansent, saignent et pissent. Ce sont des corps fragiles aux abois qui torturent le sens pour ne plus laisser que le système nerveux, là, présent, hyper présent, sur l’écran et devant l’écran.
En somme, aller voir ce film c’est comme, pour reprendre l’humoriste suisse Charles Nouveau, «se laisser lécher les couilles par son chien, ... dans la mesure où au fond on sait que c’est symptomatique de quelque chose de grave, ... mais c’est quand même assez kiffant!».