
Illustration (Bonjour Sagan) © Jim Le Pariser
Mademoiselle Chanel de la littérature, et frivole qui raffole de vivre, Françoise Sagan voltige autour des thèmes de l’amour, de l’oisiveté, de l’ardeur et de l’ivresse d’exister.
Moderne dans sa façon de concevoir la société, ce « charmant petit monstre », comme on aimait l’appeler, était en avance sur son temps. Sagan représente la liberté et la légèreté d’une intellectuelle qui cherche à s’émanciper et à vivre la Vie à vitesse grand V !

Françoise Sagan 1956 © Bernard Lipnitzki / Roger-Viollet
Amoureuse de la vitesse sous plusieurs formes, elle dépense son argent au casino comme elle dépense son essence au volant de ses autos, elle enfile des whiskies au petit matin comme elle enfilerait ses culottes, de façons anodine, quotidienne et coquine ! Son stylo file sur le papier comme sa décapotable sur les routes de St Tropez. Elle sillonne des lieux mythiques comme Chez Castel et Chez Régine, où la bourgeoisie est bienvenue à l’entrée… Ces univers nocturnes de débauche et de beauté l’inspirent. Elle y boit la vie à coups secs et des tons de sécheresse sont tantôt retranscrits dans ses récits et dans ses dits.
Ce charmant petit monstre se distingue de par son style d’écriture et son style vestimentaire minimaliste et chic. Bien qu’elle cultive une prédilection pour le roman, elle écrit aussi des nouvelles, des pièces de théâtre, quelques scénarios et des paroles de chansons. Amoureuse des mots et porteuse de maux, Sagan enlace les mœurs de son époque et les transcende. Sa carrière est marquée par un premier roman qui fait scandale lorsqu’elle n’a que 18 ans, moment où l’on peut chavirer entre l’innocence et l’aigreur de vivre.
La vie de Françoise Sagan a fluctué entre tristesse et allégresse, vivacité et paresse. Entre les notes de ses romans, aussi connus sous le nom de « petites musiques » qui chantent le laisser vivre, Françoise Sagan exprime tantôt ses avis sur la vie. Elle pourrait être l’égérie du motto berlinois "vivre et laisser vivre" ! Enfaite, contrairement à ce que certains pourraient penser, la jugeant démodée et enfermée dans son époque, je la vois bien, cette Mademoiselle Chanel de la littérature, timide et extravagante, dans le Berlin de nos jours, ville écorchée vive qui cultive sa fureur de vivre ! Sagan se dandinerait probablement toujours en tweed et en mocassins, cavalant à contre-courant, mais pas à contre-cœur, et elle aurait toujours le talent de cerner et d’outrepasser les mœurs, à pleines dents et à plein cœur…
Sur nos chevets peuvent roupiller La Chamade, Un château en Suède, Des bleus à l’âme... Pour ma part, lorsque je murmure au revoir Sagan avant que mes paupières ne tombent, je sais que cet adieu littéraire n’est que temporaire et que je serai toujours avide de la retrouver, le lendemain, pour lui dire haut et fort : Bonjour, Françoise !

Françoise Sagan 1956 © Robert Doisneau