Tout commence par une pièce montée par le jeune dramaturge français Florian Zeller. Le Père est joué de 2012 de 2014 au théâtre Hébertot à Paris, recevant plusieurs Molières. Puis tout commence déjà à s’emballer, la création de Zeller est reprise à la mythique Comédie des Champs-Élysées avant une tournée mondiale triomphale. Le metteur en scène accède au privilège de produire sa pièce pour le grand écran, enfilant le costume de réalisateur et producteur de cinéma pour un film attendu par beaucoup.
The Father passe une première fois par le désormais mythique Festival de Sundance, une référence pour le cinéma indépendant et le cinéma d’auteur anglo-saxon. Florian Zeller inscrit donc son adaptation dans ce paysage cinématographique où les pépites pleuvent régulièrement et où la concurrence est rude. Son récit narre la tragique et sournoise plongée dans la démence d’un vieil homme, une plongée qui met en péril son entourage et plus particulièrement sa fille. Un récit puissant et universel, mais dont le spectacle réside en grande partie sur les épaules des comédiens.

Pas d’inquiétudes, le film bénéficie d’un casting britannique XXL avec en tête Anthony Hopkins (oscarisé en 1992 pour son fameux rôle d’Hannibal Lecter), et Olivia Colman dont on ne compte plus les brillantes prestations (The Crown, La Favorite, The Lobster). The Father est bien évidemment porté en premier lieu par ces interprétations de haut vol. Hopkins mérite amplement tous les éloges avec un personnage confondant de sincérité et de réalisme auquel il est quasi impossible de ne pas s’attacher. Il alterne force, faiblesse, naïveté, aigreur, espoir et désespoir avec une justesse sans commune mesure. Un rôle d’homme sénile bouleversant qui peut aisément faire ressurgir de douloureux souvenirs aux spectateurs. Olivia Colman interprète sa fille, composant à merveille ce personnage désabusé sur le point de craquer à chaque instant.
La mise en scène théâtrale de The Father voit plusieurs personnages entrer en scène dans le décor du personnage principal campé par Anthony Hopkins. En résulte, un décor de théâtre constamment mouvant de façon à perdre le spectateur. Le « père » ne s’y retrouve plus lui-même : qui sont ces gens qui hantent son appartement ? Anthony perd le contrôle de la situation et de son esprit, un esprit qui lui joue de plus en plus de tours. Le spectateur plonge lui-même dans la démence du vieil homme, la réalisation entre puzzle et labyrinthe étant véritablement intelligente et magistrale. Mais tous ces éléments étranges finissent par faire sens et à rentrer doucement dans l’ordre, dévoilant une réalité crève-cœur.

Difficile donc pour Florian Zeller de passer à côté de son récit avec un travail d’écriture et de réalisation si remarquable, et avec des comédiens au sommet de leur art. The Father est un tour de force dramatique qui privilégie l’ambition à la facilité, replaçant le cinéma avec la lettre c en majuscule.