
Trois ans après Everybody Knows réalisé en Espagne, Asghar Farhadi revient en Iran pour filmer son pays d’origine, un pays obsédé par les valeurs morales, religieuses et traditionnelles. Les questions morales sont des questions universelles, et pourtant, le réalisateur nous raconte qu’en Iran elles sont au cœur des relations humaines, emprisonnant chaque individu dans une bêtise loin de tout bonheur et de toute vérité.
Emprisonné à cause de ses dettes, Rahim rêve de retrouver sa liberté pour se marier et vivre à nouveau avec sa famille. Pour cela, il tente en vain de convaincre son créancier d’annuler sa plainte pendant ses jours de permission. Par hasard, sa future femme trouve un sac contenant de l’or ; malheureusement, la somme n’étant pas assez conséquente, Rahim retrouve la propriétaire du sac et le lui rend. Ce geste est promu par la prison, puis relayé à la télévision ; en quelques jours, Rahim devient un héros régional. Mais ce geste marque également le début d’une suite d’évènements qui le conduiront à sa chute, comme une spirale insidieuse et sans issue de laquelle notre héros trop faible d’esprit et de caractère ne peut pas s’échapper.
D’un point de vue européen, cette histoire prend des allures burlesques (elle serait par exemple absurde en France) avant de tomber dans un tragique bouleversant. Asghar Farhadi réussit là un coup de maître, déployant un récit complexe et parfaitement lisible, presque pédagogique, nous faisant croire d’abord à l’existence du bien et du mal, avant de nous rappeler que la réalité est une série de complexité et que les hommes la traversant sont constamment tiraillés entre leurs désirs et leurs devoirs moraux. Le film est génial, malin, car il nous prend par la main, déployant nos émotions contraires, nous faisant prendre parti pour un personnage avant de nous faire comprendre la dangerosité d’être le juge des hommes.
La quête morale est une quête impossible, elle mène à l’anéantissement du sujet. Trop faible et peut-être trop simplet pour se rendre compte à temps que la spirale l’anéantira, il sera privé de son fils, de sa famille et de son amour ; en outre, privé de son rêve, de ses désirs et de sa liberté. Il n’y a aucun antagoniste dans Un héros, chaque personnage agit pour ce qu’il croit être bon. L’ennemi, c’est la bêtise et l’arrogance des hommes qui les mènent à croire qu’ils peuvent se juger entre eux, au nom de Dieu et des valeurs morales. Cet ennemi-là, Asghar Farhadi nous raconte qu’il est au cœur de la société iranienne, il nous le prouve.
