« En récompensant mon film, le jury reconnait le besoin viscéral qu'on a d'un monde plus inclusif et plus fluide. Merci au jury de laisser rentrer les monstres […] et d'appeler pour plus de diversité dans nos expériences au cinéma et dans nos vies »
Julia Ducournau

Titane. Métal blanc, dur, très utilisé dans l’industrie en raison de sa légèreté, de sa résistance à la corrosion et des caractéristiques mécaniques élevées de ses alliages. Omniprésent dans la composition des véhicules automobiles, le titane va fusionner avec le corps d’Alexia (Agathe Rousselle), va s’immiscer dans son âme pour la métamorphoser. Palme d’or de la 74e édition du Festival de Cannes, le film de Julia Ducournau divise les spectateurs, mais fait souffler un vent de nouveauté sur la scène du cinéma mondial. Violent, trash, brutal et frénétique, Titane s’inscrit dans le cinéma de genre européen, qui n’hésite pas à envoyer valser les codes et à déconstruire les corps. Loin de faire l’unanimité, le prix permet néanmoins de récompenser une réalisatrice, deuxième femme seulement à le remporter après Jane Campion et sa Leçon de piano. Dans une sélection où le corps des femmes se retrouve exhibé à outrance et où le jury peut se vanter d’être majoritairement féminin, quoi de plus logique que de sacrer le film d’une réalisatrice ? Bien entendu, Julia Ducournau n’en a pas moins du talent. Découverte à Cannes avec le succès de Grave présenté à la Semaine de la Critique, elle remporte un énorme succès auprès du public, en France, mais aussi à l’international. Loin de réaliser des œuvres classiques aux histoires banales, elle nous emporte dans un monde horrifique où les monstres ne sont autres que nous-mêmes. Avec Titane, la femme devient homme, mère et fils, les cloisons sont tombées, les frontières de genre n’existent plus. Ne reste que la terreur de se retrouver face à nos entrailles, à ce qui se cache au plus profond de nous-mêmes.
